Musée Muséum Départemental, Gap
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Ecole de GOITTO DI BONNE XIV

 

Martin FREMINET
Ecole ESPAGNOLE XVe
Felix ZIEM
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Ecole NORDIQUE XVIIe
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Léon COMERRE
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Lionel ROYER
Ecole HOLLANDAISE XVIIe
Henri LEHMANN
Gaston BALANDE
Francesco TREVISANI
Louis LEYDET
Charles MEYNIER
Auguste HERVIEUX
Eugène BOUDIN
 
Peinture

XIVème siècle

Nous vous proposons de découvrir certains des tableaux présentés au musée de Gap. Les œuvres, comme la majeur partie de nos collections, proviennent de dons ou de dépôts du Louvre. Elles ont été rassemblées par des amateurs, originaires des Hautes-Alpes, qui occupaient parfois des postes à l’étranger, ce qui explique la présence de peinture d’écoles et de pays si différents. Pour autant, notre collection est de loin de dresser un tableau complet de la Peinture européenne mais elle permet d’admirer des exemples de primitifs italiens ou espagnols, des XVIème et XVème siècles, ou des peintres qui ont marqué les Flandres et la Hollande, l’Italie et enfin la France  des XVIème au XIXème siècles par de très beaux morceaux de Peinture.

Pour commencer ce voyage dans le temps, voici une peinture anonyme de l’école italienne du XVIème siècle, qui est un dépôt du musée du Louvre (collection Campana). Elle représente « Saint Ambroise découvrant les cors de saint Gervais et de saint Protais », deux frères condamnés à mort sous le règne de Néron, vers 57 après J.C., pour avoir refusé de sacrifier aux idoles. Trois siècles plus tard, saint Ambroise les découvrait grâce à une apparition de saint Paul.

Le tableau illustre le moment de la découverte, où les deux corps ensevelis depuis trois cent ans  apparaissent dans un état parfait, une odeur suave émanant du tombeau. Le fond d’or et l’absence  de paysage permettent à l’attention de se concentrer sur les deux corps saints. Les couleurs sont belles et harmonieuses. Cette époque fut marquée, en Italie, par une forte expansion économique et cette œuvre est tout à fait révélatrice du passage de l’art « médiéval byzantin » à l’art « gothique occidental ».

Si le paysage n’est pas encore présent dans ce tableau, il fait son apparition un peu plus tard comme on le remarque dans la « Sainte Marguerite », œuvre anonyme de l’école espagnole du XVIème siècle. Cette citoyenne d’Antioche refusait d’adorer les dieux païens ; elle demanda à Dieu de lui adresser une preuve visible de l’existence du Démon, qui lui apparut sous forme d’un dragon, épisode qu’illustre cette peinture. Si l’on remarque une survivance du fond d’or, un très beau paysage d’inspiration italienne apparaît à l’arrière. Les couleurs et l’expression de la sainte évoquent douceur et tranquillité qui, finalement, auront eu raison du démon terrassé.

XVème siècle

La « Descente de croix » date de la même époque et provient également d’Espagne, où la production picturale fut très importante en ce XVème siècle. De très nombreux commanditaires, ordres mendiants, diverses confréries et corporations urbaines, princes de la cour et de l’Église intervinrent dans la vie culturelle, ce qui provoqua une réelle « industrialisation » de l’art.
Si la « Sainte Marguerite » est largement influencée par l’école italienne, la « descente de croix » révèle, quant à elle, une inspiration flamande, avec un souci de la vérité et du réalisme qui témoigne des nombreux échanges entre artistes espagnoles et flamands. La violence des sentiments est fortement marquée sur les visages pathétiques et individualisés des personnages, placés en perspective selon leur importance. Ainsi, le Christ apparaît au premier plan de cette composition très géométrique. Afin d’accentuer le sentiment dramatique, aucun paysage ne vient troubler la scène dont le cadrage serré ne nous permet que de voir les personnages face à leur douleur.

XVIème/XVIIème siècles

Bien différente de cette scène austère, tant par son sujet que par son style, « L’adoration des bergers », de Martin  FREMINET (1567-1619), nous permet d’aborder la deuxième école de Fontainebleau, appartenant au courant maniériste qui naquit au XVIème siècle.

Le peintre français travailla longtemps en Italie, à Rome, où il s’imprégna bien entendu de l’art des grands maîtres italiens, de MICHEL ANGE au CARAVAGA. Il revint en France pour être nommé, en 1603 peintre du roi Henri IV, pour qui il exécuta son œuvre majeure, la décoration de la chapelle de la Trinité à Fontainebleau.

« L’Adoration », un des rares tableaux de cet artiste qui nous soit parvenu, est un bel exemple du style de FREMINET. De très nombreux personnages apparaissent dans cette scène, dans une profondeur remarquablement traitée. Tout converge vers l’enfant Jésus, du personnage du premier plan aux autres sujets ; une spirale nous entraîne vers le cœur du tableau, lieu de recueillement d’où  semble venir la lumière ? Ce tableau associe la force des musculatures, une composition savante, des effets osés dans les raccourcis et une douceur des expressions toute bellifontaine, juste alliance de virtuosité et de sensibilité.

« L’embarquement d’Hélène » est une œuvre qui n’a pas été attribuée de façon certaine, mais elle a été exécutée par un maître nordique au début du XVIIème siècle. Ce tableau rappelle certains peintres, comme Louis de CAULLERY (Cambrais 1575 – Anvers 1621), qui traita les scènes les plus diverses en décrivant la riche société de ce début de siècle ainsi que les architectures à la manière de VREDEMAN DE VRIES.
Le sujet choisi ici, l’embarquement d’Hélène, fait référence à l’Iliade d’Homère. Hélène est enlevée à son mari Ménélas par Pâris, ce qui déclenche la guerre de Troie. Pour autant, cette scène est représentée sans violence aucune. Bien au contraire, l’action se déroule dans le calme. Une grande élégance se dégage de cette scène où Pâris accueille la jeune femme sur sa barque. Seul le vent, qui gonfle les voiles des bateaux, laisse présager des temps violents à venir. Des personnages au charme maniériste, à l’architecture décrite avec précision, à la lumière et aux couleurs qui s’éclairent de touches vives dans les riches vêtements, tout, dans ce tableau n’est que grâce, délicatesse et poésie.

« La décollation de saint Jean-Baptiste » pourrait être un tableau peint par FINSONIUS (Burges 1580 – Amsterdam 1617) ou par un artiste proche, artiste d’origine flamande, mais dont le style se rapproche beaucoup du caravagisme néerlandais et rompt avec la douceur du tableau précédent.
Le sujet, beaucoup plus tragique, est souligné par la manière dont l’artiste traite l’instant tragique où Salomé reçoit des mains du bourreau la tête de saint Jean-Baptiste.
Cette œuvre dénote en effet une très forte influence du peintre italien CARAVAGE (que FINSON a beaucoup étudié et même copié) dans les clairs-obscurs extrêmement marqués. Le souci de réalisme est plus typique des écoles du Nord. Les figures se découpent sur un fond noir, prenant ainsi une dimension dramatique encore accentuée par les contrastes lumineux et colorés, et imposent alors l’émotion.

Rompant avec la tradition, les peintres hollandais du XVIIème siècle abandonnèrent les sujets religieux et mythologique pour représenter également ce qui les entourait, la vie quotidienne, les natures mortes ou les paysages. Ainsi, Gilles Claes HONDECOTER (Anvers 1580 – Amsterdam 1637) est de ces artistes qui traitèrent très souvent le paysage pour lui-même, et non plus uniquement comme simple fond à un autre sujet. Ce peintre, qui naquit an Flandres mais dont la famille protestante quitta le pays pour échapper  aux persécutions religieuses, fut très influencé par les paysages de SAVERY ou de CONINXCLOO.
Ce paysage appartient à l’importante série dite des « Paysages aux roches ». Entre les roches, serpentes un cours d’eau qui entraîne notre regard à l’infini, comme un grand souffle d’air frais. Des personnages animent la composition mais ils ne sont plus le sujet principal ; ce sont les rochers, traités avec beaucoup de réalisme dans des gammes de couleurs très nuancées, mais aussi les arbres qui sont ici le sujet de ce tableau. HONDECOR aime à représenter ces derniers torturés, branches et racines déformées. Les feuillages peints par cet artiste sont également caractéristiques d’une grande profondeur et quasi vaporeux. C’est un sentiment déjà romantique qui se dégage de ce tableau, dont le sujet est une nature qui ne semble pouvoir être domestiquée par l’homme.

Les deux « Scènes de cabaret » relèvent de ce même intérêt pour la vie quotidienne qui caractérise les artistes hollandais du XVIIème siècle.

Elles ont été peintes par MOLENAER  (Haarlem 1605 – 1668) d’après BROUWER, fut l’élève de Frans HALS dont on retrouve l’influence dans le réalisme et la touche colorée, visible et énergique. Si MOLENAER réalisa de très nombreux portraits, souvent collectifs (les Hollandais aimaient se faire représenter dans leur milieu social, dans leur confrérie), ou des sujet religieux, il peignit également des scènes de genre plus humbles.

Les personnages figurent sur un fond neutre et sont entourés d’objets modestes.
L’accent est porté sur les accessoires et les victuailles, mais aussi sur les expressions caricaturales qui illustrent, avec un réalisme cru et des détails comiques, les préoccupations des acteurs : manger, boire, fumer.

Le tableau de Domenico PIOLA (Gênes 1627-1703) permet de changer totalement de contexte. Nous passons ainsi dans le nord de l’Italie, à Gênes, où PIOLA participa au mouvement baroque. Il eut un atelier important, la CASA PIOLA, où il travailla avec son frère, ses trois fils, ses gendres et un cousin. Cet artiste s’intéressa à tous les arts, raison pour laquelle ses œuvres ont aussi une dimension sculpturale, comme le « Vieil homme se chauffant les mains à un brasero » qui pourrait être une allégorie de l’hiver.

Si le sujet est encore quelque  peu mystérieux, c’est un véritable enchantement de couleurs, un magnifique morceau de peinture où élégance de la composition s’allie à une grande virtuosité. La composition fixe, en effet, cette scène dans un clair-obscur prononcé. Le jeu de lumière subtil révèle une expression, une musculature, une étoffe au rouge somptueux, les mets riches et se réfléchit dans le métal. Les figures sont, à l’exception du chat curieusement immobile, fort animée et s’inscrivent dans la mouvance baroque.

Nous resterons en Italie avec les « Ruines d’un temples romain » de Niccolo Viviano CODAZZI (Naples 1642 – Gênes 1693) ou de son atelier qui, suivant l’exemple de son père, fut un des plus importants peintres de perspectives architecturale du XVIIème siècle italien.

Ce tableau représente quelques personnages dans une architecture antique en ruine. La composition  est très géométrique, renforcée par des jeux d’ombre et de lumière qui créent un compartimentage de l’espace, le soleil de fin de journée n’éclairant qu’un côté des choses. Cette œuvre révèle une grande rigueur et un certain cartésianisme peut-être acquis lors d séjour en France de CODAZZI, intermède à sa carrière génoise. Le motif et le sujet, des personnages qui continuent à fréquenter cet antique lieu de vie et d’échanges, sont comme un défi en temps, auquel la seule concession serait les fissures et les traces de vieillissement que portent les monuments.

« Le chevreuil mort » est attribué au peintre français Jean-Baptiste OUDRY (1686-1755), tableau dont il existe un original certain à la Wallace Collection de Londres, daté de 1721. Il est effectivement difficile de savoir si ce tableau est véritablement de la main du maître qui avait un atelier important et faisait souvent exécuter une partie de ses œuvres par ses assistants, ou si c’est réplique, voire une copie, de l’origine.

OUDRY se consacra principalement à la peinture animalière et la nature morte associées au thème de la classe. Il travailla d’après nature, peignant directement le paysage ou l’animal. Louis XV le nomma peintre officiel des chasses royales.

Ce tableau représente un retour de chasse. Les couleurs permettent de deviner qu’il s’agit de al fin du jour. Les chiens entourent leurs trophées, le gibier mort et, au centre, une belle composition florale. OUDRY excellait à dépeindre, par ses sujets mais aussi grâce à sa lumière et ses coloris savants, la richesse et le raffinement de la cour ou de la bourgeoisie du XVIIIème siècle en France.

XIXème siècle

Nous faisons un bon dans le temps pour arriver au XIXème siècle français, avec un artiste étonnant, Henri de BEAULIEU (1819-1884), qui fut l’élève de Delacroix. Il conserve de l’enseignement de son maître l’amour des sujets littéraire et romantiques qu’il traita de façon très pathétique.

Comme Delacroix et nombre d’artiste de sa génération, il fut fasciné par l’Orient.
 
Dans ce tableau, « Une rue de Constantinople », il crée, grâce à une technique époustouflante, une ambiance de mystère, troublante et inquiétante. La matière épaisse et les couleurs vives et irisées donnent l’impression de se trouver face à un vitrail. L’opposition de l’ombre et de la lumière, déjà très prononcée dans les pays méditerranéens, renforce encore l’impression dramatique que l’on ressent devant ce qui pourrait être une fascinante représentation de la Mort.

Bien avant les impressionnistes, Félix ZIEM (Beaume 1821 – Paris 1911), s’attache à traduire les effets de la lumière sur les architectures, l’eau et le ciel. Ses sujets sont des prétextes à décrire cette lumière mouvante suivant les heures du jour.

La découverte de Venise fut, pour le peintre, une révélation et une source d’inspiration sa vie durant. Il séjourna dans cette ville tous les ans, de 1845 à 1882, son bateau li servant d’atelier et de domicile.

Le tableau « Venise, effet de jour », suggère le crépuscule. Le ciel bleu est parsemé de reflets dorés ; ces reflets aux couleurs douces et brillantes, marqués par une touche de lumineuse, s’étendent aux architectures qui se reflètent elles-mêmes dans l’eau, la teintant d’or. Le ciel et l’eau se mêlent ici dans les couleurs du couchant. ZIEM retranscrit ainsi son amour pour cette ville, mais aussi l’opulence, le luxe et la magie qui caractérisent Venise.

André GILL, de vrai nom Louis Alexandre GOSSET de GUINES (1840-1885), était célèbre au siècle dernier pour ses talents de caricaturiste. Il signa de nombreux dessins dans les revues La Lune ou L’Éclipse et illustra notamment des ouvrages de DAUDET et ZOLA. Son œuvre peint est traité avec réalisme et sensibilité, et c’est un trait supplémentaire qui le rapproche de son prédécesseur Honoré DAUMIER.

Le tableau du Musée de Gap «La veuve du marin » en est illustration. Comme DAUMIER, en effet, André GILL aimait à représenter les gens de modeste condition dans une sorte de dénonciation sociale. Le tableau est constitué de grands aplats colorés par une touche épaisse et visible. La figure de la jeune femme, son enfant dans les bras, contredit les lignes horizontales qui dominent la composition. Elle nous tourne le dos, faisant face à la mer cruelle et dangereuse qui lui a pris son mari. Nous assistons au désespoir silencieux et à la solitude de cette femme soumise à l’immensité.

Le « Pierrot » de Léon COMERRE (1850-1916), dépôt du musée du Louvre (collection Chauchard), est d’une veine différente, bien que cet artiste ait été contemporain d’André GILL. Il fut l’élève de CANABEL et remporta de très nombreux prix, dont le Premier Grand Prix de Rome, en 1875.

Il exécuta  de nombreuses peintures d’Histoire, souvent prétexte à la mise en scène de nus dans des paysages féeriques. Ses portraits sont de grande qualité, naturels et animés ; mais COMERRE ne participa pas aux révolutions artistiques qui caractérisent cette seconde moitié du XIXème siècle, comme le Naturalisme ou,  plus tard, l’Impressionnisme. Il fut, au contraire, l’un des tenants du courant académique.

Nombre de ses tableaux, comme le « Pierrot », décrivent, avec une grande virtuosité, un monde hors du temps. Les jeunes femmes aimaient à cette époque se faire représenter dans des costume androgynes. Ce tableau est une véritable démonstration du grand art de COMERRE à traiter les blancs ainsi que les matières, comme la damas et le satin des costumes.

Joséphine ARNAUD (1854-1921), originaire des Hautes-Alpes, enseigna toute sa vie le dessin à Paris. Très attachée à sa région natale, elle acheta une maison à la Beaume – des - Arnauds, dans le sud du département, pour y passer ses vacances. Ses œuvres sont principalement des paysages, des portraits, des natures mortes et des scènes de genre qui reproduisent l’exacte réalité. Avec un style très direct et quelque peu sec, Marie - Joséphine ARNAUD peignait un sujet tel qu’il existait, sans réinterprétation personnelle.

La toile, « Cour de ferme à Ribiers », village du Buëch (sud du département), illustre parfaitement son style. Cette œuvre est en effet un très grand travail de reproduction, à une époque pourtant postérieur à l’invention de la photographie. Chaque détail de la cour est minutieusement transcrit, de l’ancien four à pain à la terrasse ou au balcon.

Nous terminons ce parcours parmi les œuvres du musée de Gap, avec un tableau sur lequel nous ne savons que très peu de choses.

Nous le livrons en quelque sorte à votre réflexion et à votre imagination.

« El Astronomo », peintre certainement espagnole du XIXème siècle, nous entraîne dans un univers troublant et mystérieux. De bien curieux personnages occupent cet étrange cabinet de curiosité, dont les murs sont couverts de peintures flamandes, hollandaises, italiennes.

Pourquoi la femme n’a-t-elle pas de visage ?
Que regarde le peintre ?

Pourquoi les perspectives sont-elles faussées à un tel point que cela semble volontaire ?

Cette œuvre est-elle d’une terrible maladresse ou serait-elle une sorte de canular ?

Qui lèvera le voile ?

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